4 juil. 2016

La tendresse des Séquoias




D’abord, le titre. La Tendresse des séquoias. Quelle jolie mise en bouche. On pense embarquer pour la Californie mais c’est à Bruxelles, et plus précisément à Boitsfort, que nous entraîne l’auteur, le belge Jean-Sébastien Poncelet. Et il le fait de mains de maître puisqu’il nous plonge dans les chemins de traverse d’une enquête palpitante. D’un court chapitre à l’autre, le lecteur est brinquebalé d’une vie à une autre. Et ce qui semble au départ n’être que des épisodes distincts les uns des autres ne l’est très vite plus autant qu’on le croie : force est de constater qu’il va bientôt s’établir des liens entre Charles Letellier, un arrogant critique d’art et Maxime Peeters, un journaliste free-lance tenace et intuitif. Le point de départ: une gigantesque fresque murale à la façon de l’artiste suisse Felice Varini qui couvre une cinquantaine de maisons bruxelloises. Pourquoi ce tag réalisé en catimini en une seule nuit ? Petit à petit, Maxime Peeters va découvrir les arcanes de cet imbroglio.
Parmi les personnages, on peut souligner la présence de plusieurs femmes dans le roman : Laura, la fille des Letellier, une adolescente mal dans sa peau ; Adèle, la douce grand-mère et l’effacée Madeline Letellier. Derrière les apparences, on découvre progressivement les failles et les forces des êtres, le moteur de leurs actions et les lames de fond qui les laminent. Tout est rondement mené. Bref, une lecture-plaisir qui nous fait vibrer d’un bout à l’autre de ces 506 pages.  


La tendresse des Séquoias, Jean-Sébastien Poncelet, Weyrich Edition
 

15 mars 2015

Le Prix, Antoinette Rychner, Buchet-Chastel




Voici un roman dérangeant ! Mais ô combien bien écrit et original. Impressionnante intrusion du surnaturel dans un récit qui par ailleurs est totalement réaliste. Le roman aborde avec beaucoup de subtilité la question de la création artistique et des affres du créateur, ses espoirs, ses désillusions, ses abattements. Le personnage, un sculpteur égoïste et obsessionnel, tente chaque année de remporter « Le Prix » (d’où le titre du livre). Ce qu’on ne comprend pas tout de suite, c’est comment et d’où viennent ses sculptures. De son nombril lui pousse un Ropf… Amusante métaphore du côté nombriliste de l’artiste mais aussi de la création - sortie des « tripes »... Au-delà du style envoûtant et lyrique du roman, c’est la mince frontière qui existe entre la santé mentale et la folie qui est analysée : on se dit qu’on n’est peu de chose face à un glissement possible.

4 mars 2015

Chien de Samuel Benchétrit





Voici une histoire difficile à résumer sans qu'elle paraisse ridicule, burlesque ou improbable. Et pourtant Chien, le dernier roman de Samuel Benchetrit est un petit chef-d’œuvre en son genre: décalé, déjanté et absurde. Il narre la métamorphose progressive d'un homme en chien. Ni plus ni moins. Ou comment Jacques, antihéros apathique et inconsistant mais profondément honnête (il ne ment jamais) se fait jeter de son couple et de son boulot. Clochardisation, déshumanisation, il n'en faut pas plus pour qu'il devienne un chien. L'histoire nous dira si sa nouvelle condition l'amènera à plus de courage et d'affirmation de soi. Au-delà de l'humour grinçant, l'auteur marque un réel parti-pris pour la cause animale et met en lumière toute la bassesse et la cruauté des hommes. 288 pages passionnantes.
  

21 févr. 2015

Prix Médicis de l'essai 2014


Manifeste incertain (tome III), Frédéric Pajac, Editions Noir sur Blanc















Que dire de ce magistral Manifeste incertain (tome III) paru aux Editions Noir sur Blanc? Frédéric Pajac nous offre un condensé d'intelligence et de désenchantement au travers de deux destinées tragiques: celles du juif allemand Walter Benjamin et du poète américain Ezra Pound. Au travers de ces deux figures emblématiques, l'auteur explore une partie du XXe siècle et jalonne son texte non seulement de réflexions autobiographiques mais aussi de magnifiques illustrations de sa plume.
Coup de cœur assuré!

1 févr. 2015

Guide sur les premières semaines de vie

Guide (très) pratique de la sage-maman, Christine Cottier-Angeli et Magali Debost, Editions Médecine & Hygiène


Les auteurs, Christine Cottier-Angeli et Magali Debost, sont respectivement sage-femme et maman. Elles ont conçu leur guide comme un abécédaire dans lequel elles abordent toute une série de thématiques liées à la périnatalité. Outre leur humour rafraîchissant, elles font preuve de bon-sens et d'une intelligence pragmatique qui aideront tous les jeunes parents en quête d'aide et de réconfort. Car le guide offre un angle de vue totalement décomplexant! On rit à chaque page (carrément thérapeutique quand on dort peu) et on "souffle" en se disant qu'on ne fait pas ça SI MAL, qu'on y arrivera! 
Excellent cadeau à offrir! 

31 janv. 2015

De retour sur ce blog...

Bonjour à tous,
Après quelques mois d'absence, me voici d'attaque pour vous parler de mes dernières lectures.


Commençons par un joli album de jeunesse, J'habite ici de Michel Van Severen paru à l'Ecole des Loisirs. Nul besoin de vous raconter l'histoire, vous la découvrirez vous-mêmes (ce serait dommage de vous en dévoiler la chute...). En tout cas, une chose est sûre, le livre contient un intéressant double niveau de lecture: les enfants comme les parents y trouvent leur compte. Bravo pour ce fantôme de loup au petit côté désabusé, et chapeau à l'auteur qui une fois encore nous prouve tout son talent et son humour.

9 juil. 2014

Théorie de la vilaine petite fille, Hubert Haddad, Zulma





C’est toujours frappant de constater l’envergure romanesque des textes d’Hubert Haddad. Le dernier en date, Théorie de la vilaine petite fille n’y échappe pas : tout au long de ces 400 pages, on sent un souffle d’une grande intensité. Si on peut ne pas être sensible au spiritisme et à toutes ces théories scientistes d’une certaine Amérique du milieu du XIXe siècle, force est de constater l’érudition indéniable de ce panorama des sciences occultes. À signaler tout de même certaines circonlocutions qui alourdissent la lecture. Mais dans l’ensemble très bon roman avec une atmosphère habitée : « il se passe quelque chose » (n’est-ce pas ce qu’on demande à un roman ?).

6 juil. 2014

Son carnet rouge, Tatiana de Rosnay, Héloïse d’Ormesson




Dans Son carnet rouge, Tatiana de Rosnay propose onze nouvelles, traitant toutes de l’infidélité conjugale. Variation sur un même thème, tous les cas de figure y sont immanquablement passés à la loupe. Mêlant aspects cocasses et détails affreux, l’auteure fait réagir : le lecteur ne peut que s’identifier tantôt au trompé, tantôt au trompeur. Et ça fait froid dans le dos (ou rire effrontément…).